Dans un article précédent, j’ai essayé d’expliquer l’impact de la transformation numérique sur les processus métier et pourquoi cette transformation a également des conséquences sur les archives numériques et leur compréhension. Toutefois, il est aussi nécessaire de tenter d’approcher les archives numériques sous un autre angle, celui d’artefact de ce processus, entendu au sens d’objet fabriqué, « créé de toutes pièces par les conditions expérimentales ».
La définition des archives proposée par le Code du patrimoine nous parle des artefacts (« l’ensemble des documents, y compris les données »), entendu comme objet fabriqué par un producteur (« par toute personne physique ou morale… ») dans le cadre d’un processus (« dans l’exercice de leur activité »).
Et en effet, à l’époque analogique, ces trois éléments suffisent pour décrire la notion d’archives. Que l’on écrive avec une plume sur un parchemin ou avec une machine à écrire sur une feuille de papier, l’objet final est un document matériel que je vais pouvoir manipuler avec mes mains et dont je vais pouvoir lire le contenu avec mes yeux (le comprendre est une autre affaire dont nous parlerons plus tard). Si les archivistes se sont depuis toujours intéressés aux outils, cela a toujours été secondaire (pour des questions de conservation ou d’histoire du document par exemple) et le producteur et le processus suffisent à circonscrire la notion d’archives.
Qu’en est-il à l’époque numérique ? Quand les outils permettant de produire de l’information se sont démultipliés (du clavier d’ordinateur à l’ensemble des couches logicielles pour n’en citer que quelques-uns) ? Qu’il est nécessaire de disposer de millions de ligne de code pour utiliser le moindre traitement de texte ? Que ces outils offrent une infinité de possibilités pour produire très facilement de nombreux artefacts dont la nature technique est bien plus variée que tout ce que nous avons collecté jusqu’à présent dans nos services d’archives ? Que ces nouveaux artefacts ne sont plus accessibles eux-mêmes que par l’intermédiaire d’un ensemble d’outils (machines, logiciels…) ?
Il me semble, dès lors, qu’on ne peut plus négliger l’éléphant dans la pièce et qu’un nouvel entrant doit faire son entrée dans notre définition des archives : les outils, entendus ici dans un sens volontairement très large comme tout dispositif permettant d’atteindre un but. Dès lors, il faudrait que notre définition des archives prenne la forme d’un triangle que j’ai coutume d’appeler le triangle de l’archive numérique et qui peut être représenté comme suit.

Les conséquences du poids des outils dans la création de l’artefact « Archive numérique » sont énormes et nous les sous-estimons encore largement. Elles ont évidemment un impact sur l’analyse à réaliser au moment de la collecte et même les capacités, modalités et temporalités de collecte. Mais elles ont aussi un impact sur la préservation à long terme de ces artefacts désormais inextricablement liés à l’obsolescence des outils et de leurs technologies sous-jacentes et sur l’accès à ces archives numériques. Enfin, on se rend compte également que plus la technologie progresse, plus les archives numériques sont imbriquées dans les outils, ce qui nous pose la question de l’usage, des usages, de ces archives. La réflexion est loin d’être terminée !
SR
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